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La méthode
du résumé de texte

L'épreuve de résumé  est un excellent exercice pour jauger la capacité d'un candidat à comprendre, recomposer et restituer rapidement une information complexe ... une des compétences les plus essentielles de notre époque ! 

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Publication prochaine

La méthode complète

Une démarche en 10 étapes, de la compréhension à la vérification.

Lorsque Mallarmé écrit : “Plus ou moins, tous les livres contiennent la fusion de quelque redite comptée” ( crise de vers, 1896, il souligne un phénomène qui, loin dʼêtre une particularité curieuse du livre, un effet dʼécho, une interférence sans conséquence, définit la condition même de la lisibilité littéraire. Hors de lʼintertextualité, lʼoeuvre littéraire serait tout simplement imperceptible, au même titre que la parole dʼune langue inconnue. De fait, on ne saisit le sens et la structure dʼune oeuvre littéraire que dans son rapport à des archétypes, eux-mêmes abstraits de longues séries de textes dont ils sont en quelque sorte lʼinvariant. Ces archétypes, issus dʼautant de "gestes littéraires”, codent les formes dʼusage de ce “langage secondaire” (Lotman) quʼest la littérature. Vis-à-vis des modèles archétypique, lʼoeuvre littéraire entre toujours dans un rapport de réalisation, de transformation ou de transgression. Et pour une large part, cʼest ce rapport qui la définit. Même si une oeuvre se définit comme nʼayant aucun trait commun avec les genres existants, loin de nier sa sensibilité au contexte culturel, elle en fait lʼaveu par cette négation même. Hors système, lʼoeuvre est donc impensable. Sa perception suppose une compétence dans le déchiffrage du langage littéraire, qui ne saurait être acquise que dans la pratique dʼune multiplicité de textes : du côté du décodeur la virginité est donc tout aussi inconcevable. Si lʼon a pu omettre si longtemps cet aspect de lʼoeuvre littéraire, cʼest tout simplement que son code aveuglait à force dʼévidence. Lʼoeuvre apparaissait “hors-code”, comme une tranche de réalité vivant dans les pages, et qui dès lors ne pouvait être mise en rapport avec rien dʼautre quʼelle-même. Dès lors quʼune critique formelle est, comme aujourdʼhui, solidement assurée dans ses fondements, lʼintertextualité se doit dʼêtre située par rapport au “fonctionnement” de la littérature. Si tout texte réfère implicitement aux textes, cʼest dʼabord dʼun point de vue génétique que lʼoeuvre littéraire a partie liée avec lʼintertextualité. Mais il convient de replacer sur la scène formelle un phénomène mal compris par la critique traditionnelle des “sources”. Il arrive aussi que non seulement lʼintertextualité conditionne lʼusage du code, mais encore soit explicitement présente au niveau du contenu formel de lʼoeuvre. Cʼest le cas de tous les textes qui laissent transparaître leur rapport à dʼautres textes : imitations, parodie, citation, montage, plagiat, etc. La détermination intertextuelle de lʼoeuvre est alors double : ainsi, une parodie entre à la fois en rapport avec lʼoeuvre quʼelle caricature et avec toutes les oeuvres parodiques constitutives de son propre genre. Ce qui demeure évidemment problématique, cʼest la détermination du degré dʼexplicitation de lʼintertextualité dans telle ou telle oeuvre, en dehors de cas- limite de la citation littérale. Sʼil est clair que des critères structurels peuvent servir à “prouver” un fait intertextuel, dans toute une catégorie de cas, il sera difficile de déterminer si le fait intertextuel dérive de lʼusage du code ou sʼil est la matière même du lʼoeuvre. En fait, on devine quʼil nʼy a rien dʼincompatible dans ces “positions” du fait intertextuel, si lʼoeuvre a une forte coloration métalangagière. Ce qui peut varier aussi, cʼest la sensibilité des lecteurs à la “redite”. Cette sentisbilité est évidemment fonction de la culture et de la mémoire de chaque époque, mais aussi des préoccupations formelles de ses écrivains. Par exemple, le dogme de lʼimitation propre à la Renaissance est aussi une invite à une lecture double des textes et au déchiffrage de leur rapport intertextuel avec le modèle antique. Les modes de lecture de chaque époque sont donc aussi inscrits dans leurs modes dʼécriture.

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COMPRENDRE

1-

Repérer le thème (de quoi ?), la thèse (quoi ?), l'enjeu (pourquoi ?) et la structure (comment ?) du texte

Lecture active pour identifier les informations importantes

Dans notre exemple : 1) Thème : l’intertextualité. Il ne faut cependant pas confondre thème et thèse. «l'intertextualité » indique seulement de quoi parle le texte, pas ce que Genny cherche à démontrer à son propos. 2) La thèse répond à la question :Que veut démontrer l’auteur à propos de ce thème ? Nous avons formulé la thèse ainsi : Toute œuvre littéraire renvoie toujours implicitement ou explicitement à d’autres œuvres qui sont essentielles pour sa compréhension. Cette formulation permet déjà d'identifier le noyau conceptuel du texte : l’œuvre littéraire n’est pas intelligible isolément. 3) L’enjeu correspond à ce que la thèse met en question ou cherche à modifier. Ici : Remettre en cause l’idée qu’une œuvre serait l’expression de la simple singularité d’un artiste et qu’elle serait close sur elle-même. Cette étape est particulièrement utile pour éviter les contresens : le texte ne se contente pas de constater l’existence de références entre les œuvres ; il remet en cause une certaine conception de l’œuvre littéraire comme objet autonome. 4) La structure principale : le texte de Genny est composé de deux paragraphes, qui correspondent à deux mouvements argumentatifs. Lorsque le texte comporte davantage de paragraphes, il faudra s'appuyer sur le changement interne de thématique à l'intérieur du texte.

2-

Souligner, pour chaque partie principale, l'idée directrice.

1) Pour le premier paragraphe, l’idée directrice est relativement claire : Toute œuvre littéraire ne peut être comprise qu’en relation avec d’autres textes auxquels elle renvoie nécessairement. 2) Pour le deuxième paragraphe, deux lectures étaient possibles. a) Première possibilité : le début du paragraphe peut être considéré comme l’idée directrice : L’intertextualité peut être explicitement présente dans le contenu même de certaines œuvres. b) Deuxième possibilité : On peut au contraire considérer que l’aboutissement du paragraphe constitue son véritable centre de gravité : la perception de l’intertextualité dépend aussi de la sensibilité et de la mémoire des lecteurs. Le choix entre ces deux lectures est essentiel : il déterminera deux versions différentes du résumé...

STRUCTURER

3-

Construire, sans regarder le texte, un résumé minimal à partir de ce qu'on a compris des idées directrices

Recomposer le squelette argumentatif à partir des idées principales

Première possibilité de résumer le texte : "Toute œuvre littéraire ne peut être comprise qu’en relation avec d’autres textes auxquels elle renvoie nécessairement. Cette intertextualité est parfois rendue manifeste dans la forme même de l’œuvre."

4-

En cas de structure ambiguë, essayer plusieurs versions différentes

Si, pour l'idée directrice de la deuxième partie, on choisit de faire porter l'accent sur la fin du paragraphe plutôt que sur son début, cela donnera une autre version possible : "Toute œuvre littéraire ne peut être comprise qu’en relation avec d’autres textes, auxquels elle renvoie nécessairement. La perception de cette intertextualité dépend toutefois aussi de la sensibilité et de la mémoire des lecteurs."

ENRICHIR

5-

Repérer ensuite la structure interne de chaque partie

Analyser et intégrer la structure argumentative de chaque partie

A. Analyse du premier paragraphe : nous avons identifié quatre moments. 1) Les autres œuvres définissent des archétypes Les œuvres littéraires ne sont pas simplement mises en relation avec quelques textes particuliers : elles renvoient à des archétypes, eux-mêmes issus de séries de textes. 2. La transgression des archétypes reste un rapport aux archétypes 3) L’intertextualité peut passer inaperçue parce qu’elle est devenue évidente. 4) Une conséquence pour la critique littéraire : la reconnaissance de l’intertextualité impose alors un changement dans la manière d’étudier les œuvres, notamment dans l’analyse de leur genèse. B) Analyse du deuxième paragraphe : le deuxième paragraphe présente une progression plus nette. 1) L’intertextualité peut être explicitement présente dans le contenu. Certaines œuvres ne se contentent pas d’utiliser implicitement le code littéraire : elles rendent manifeste leur rapport à d’autres textes. 2. Mais il est parfois difficile de savoir si un rapport intertextuel constitue un choix conscient ou s'il n'est que la reprise plus ou moins tacite d'un code littéraire. 3) Cette difficulté conduit à prendre en compte le lecteur: la perception de l’intertextualité dépend aussi de la culture, de la mémoire et de la sensibilité des lecteurs, qui varient selon les époques. Il est important que le résumé fasse apparaître très clairement la différence de niveaux hiérarchiques entre les idées : les idées centrales (les articulations principales) ne doivent jamais être mises au même niveau que les idées de rang 2 (les articulations secondaires) !

6-

Reprendre le résumé de chaque partie en y intégrant les idées secondaires, toujours sans regarder le texte

En intégrant les idées secondaires, nous obtenons une nouvelle version : " : "Toute œuvre littéraire ne peut être comprise qu’en relation avec d’autres textes, qui constituent des archétypes permettant d’en comprendre la forme et le sens. L’œuvre se définit toujours par rapport à ces modèles, y compris lorsqu’elle cherche à les transgresser, car leur négation constitue encore une manière de s’y rapporter. Pourtant, cette intertextualité peut passer inaperçue tant elle est devenue évidente dans le fonctionnement même du langage littéraire. Sa reconnaissance conduit ainsi à renouveler la critique littéraire, notamment en replaçant l’œuvre dans l’ensemble des textes auxquels elle est liée dans sa genèse. L’intertextualité peut en outre se manifester explicitement dans le contenu même de certaines œuvres, qui font apparaître leur rapport à d’autres textes. Il reste cependant difficile de distinguer ce qui relève de l’usage du code littéraire de ce qui constitue une référence intertextuelle proprement dite, cette distinction dépendant aussi de la manière dont les lecteurs perçoivent les rapports entre les textes".

RÉDUIRE

Trouver les formules les plus économiques et sacrifier le contenu inessentiel

7-

Réduire en trouvant les formulations les plus élégantes

La première formulation du résumé est trop volumineuse. Pour en réduire la taille, nous essayons de travailler nos formulations, sans sacrifier aucune information de notre précédente version : "Toute œuvre littéraire ne peut être comprise qu’en relation avec d’autres textes, dont les archétypes permettent d’en saisir la forme et le sens ; elle se définit par rapport à eux, même en les transgressant, puisque leur négation constitue encore un rapport à ces modèles. Cette intertextualité, souvent invisible parce qu’évidente dans le fonctionnement du langage littéraire, impose de renouveler la critique en replaçant l’œuvre dans l’ensemble des textes qui participent à sa genèse. Elle peut aussi se manifester explicitement dans son contenu, sans qu’il soit toujours possible de distinguer référence intertextuelle et usage du code, distinction dépendant également de la perception des lecteurs."

8-

Si besoin, réduire encore en sacrifiant les informations les moins essentielles

Lorsque la condensation atteint ses limites, il faut accepter de perdre de l’information. Mais il ne faut surtout pas supprimer au hasard. Quelles informations puis-je supprimer sans détruire la progression argumentative du texte ? Il faut distinguer trois catégories : les Informations indispensables (le noyau autour duquel j'ai construit mon résumé) : elles constituent les éléments qui doivent absolument être conservés; les informations secondaires mais utiles. Elles peuvent être conservées si la longueur le permet, mais elles peuvent aussi être sacrifiées le cas échéant; enfin, les informations redondantes ou explicatives , qui ne sont pas indispensables à la bonne compréhension du raisonnement. Elles peuvent généralement disparaître sans perte majeure. En appliquant cette stratégie, nous obtenu une version beaucoup plus courte : " Toute œuvre littéraire ne peut être comprise qu’en relation avec d’autres textes, dont les archétypes permettent d’en saisir la forme et le sens ; elle se définit par rapport à eux, même en les transgressant. Cette intertextualité, souvent invisible parce qu’évidente dans le langage littéraire, conduit à renouveler la critique en replaçant l’œuvre dans l’ensemble des textes auxquels elle est liée. Elle peut aussi se manifester explicitement dans son contenu, même s’il est difficile de distinguer l’usage du code de la référence intertextuelle." Dans cette version, nous avons choisi de sacrifier quelques informations : 1) La précision concernant l'étude génétique des textes littéraires. L’information essentielle est le renouvellement de la critique par la prise en compte des relations entre les textes. La dimension génétique constitue une précision, mais elle n’est pas indispensable à la compréhension du mouvement général. 2. L’explication de la transgression Nous avons conservé « même en les transgressant », mais supprimé l’explication : « car leur négation constitue encore une manière de s’y rapporter ». Le lecteur comprend encore l’idée fondamentale : la transgression ne rompt pas nécessairement le rapport au modèle. 3. Le rôle du lecteur : nous l’avons supprimé de cette version, car nous avons choisi de faire de la manifestation explicite de l’intertextualité l’information dominante du deuxième paragraphe.

9-

Vérifier que le résumé met en avant l'idée principale (la thèse) et que toutes les informations restituées servent effectivement cette thèse. 

A tout moment de notre compréhension du texte, nous sommes amenés à faire des choix entre différentes interprétations possibles. Ces différences d'interprétations sont des différences d'accentuation et de hiérarchisation entre les idées. La meilleure manière de résoudre ces problèmes d'interprétation consiste à se demander : quelle lecture permet de renforcer le plus efficacement possible la thèse défendue dans ce texte. Ainsi, pour le texte de Jenny, cette difficulté d'interprétation s'est présentée à différents niveaux : 1) au niveau de la structure générale, nous avons hésité entre une accentuation du début du paragraphe 2 (l'intertextualité est parfois rendue explicite) ou une accentuation de la fin du paragraphe 2 (le repérage d'une intertextualité dépend surtout de nos codes de lecture). Pour choisir entre les deux, il faut se demander quelle version renforce le mieux la thèse défendue par Jenny. En l'occurrence, l'une et l'autre paraissent défendables ! 2) Au niveau des idées secondaires, le choix à faire était plus aisé. Ainsi, pour le deuxième moment de la première partie : la transgression des archétypes reste un rapport aux archétypes Dans ce passage, nous aurions pu porter l'accent sur une autre information : "l’auteur montre que l’écrivain peut entretenir différents rapports avec les archétypes". Nous avons choisi de mettre en évidence une autre information voisine : "même la transgression des codes constitue encore une manière de s’y rapporter." Nous avons privilégié cette seconde lecture, car elle renforce directement la thèse centrale du texte : même lorsqu’une œuvre prétend rompre avec les modèles existants, elle reste définie par rapport à eux. La négation du système ne permet donc pas de sortir du système. Un autre passage ambigu était le moment suivant : l’intertextualité peut passer inaperçue parce qu’elle est devenue évidente. Là encore, nous aurions pu interpréter le texte différemment, en remontant l'information qui apparaît au début de ce passage : "Genny insiste sur la compétence nécessaire au lecteur pour déchiffrer le code littéraire". Nous avons choisi de minorer cette information et de majorer l'information portant sur l'invisibilité du code, parce que cette dernière avait l'avantage de renforcer davantage l’idée générale du texte : si l’intertextualité a été longtemps négligée, ce n’est pas parce qu’elle était absente, mais parce qu’elle était trop évidente !

VÉRIFIER

Contrôler la cohérence argumentative du résumé et sa capacité à être compris par n'importe quel lecteur

10-

Lire le résumé et vérifier qu'il serait bien compréhensible par un lecteur qui n'aurait pas lu le texte.

Un résumé doit pouvoir être lu tout seul. C'est d'ailleurs sa fonction : permettre à celui qui le lit de comprendre un texte sans avoir eu besoin de le lire !

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