top of page

Dossier Thématique

LE VIVANT

Chaque dossier propose plusieurs voies d’entrée complémentaires pour explorer une grande notion philosophique.
 
  • Une présentation générale en expose les principaux enjeux et en organise les problèmes essentiels.
  • Un exemplier rassemble ensuite des textes d’auteurs, classés selon les grandes thématiques du dossier, afin de confronter différentes manières de poser et de résoudre ces problèmes.
  • Une sélection d’articles consacrés aux grandes thématiques du dossier
  • Des ressources méthodologiques pour le résumé de texte et la dissertation
  • Des cours vidéo spécifiquement dédiés au thème.
L’ensemble ne constitue donc pas un cours suivi imposant un itinéraire unique, mais un ensemble structuré de ressources : chacun peut en suivre la progression générale ou circuler librement entre les textes, les articles et les vidéos en fonction de ses besoins et de ses interrogations.
dossier thématique le vivant

1- Comprendre le thème

Présentation générale

dossier thématique le vivant partie I

La connaissance et les représentations du vivant

A- Les frontières du vivant
B- Les modèles de compréhension du vivant
C- Les représentations sociales et culturelles du vivant
D- Les savoirs sur le vivant dans l'espace public
dossier thématique le vivant partie II

Les usages et les transformations du vivant

A- Les besoins humains et les ressources vivantes
B- Les systèmes de production et le travail du vivant
C- L'appropriation et les échanges du vivant
D- Les interventions techniques sur le vivant
Dossier thématique le vivant partie III

La valeur et le statut des êtres vivants

A- Les fondements de la considération morale
B- Les droits et les obligations envers les vivants non humains
C- La vie humaine, la dignité et l'autonomie
D- Les conflits de valeur et la hiérarchisation des vies
Dossier thématique le vivant partie IV

Politiques du vivant

A- Le gouvernement des corps : santé, normalité et autonomie
B- Le gouvernement des populations : sécurités, risques et libertés
C- Le gouvernement des milieux : préservation, maîtrise et dépossession
D- Le gouvernement des conduites : responsabilité, consentement et résistance

Commentaire du parcours

Le vivant ne constitue pas seulement un objet parmi ceux que les sciences cherchent à connaître. Il désigne aussi l’ensemble des êtres dont les sociétés humaines tirent leur nourriture, leurs matériaux et leurs ressources ; des organismes qu’elles sélectionnent, élèvent, transforment ou protègent ; des existences auxquelles elles accordent des valeurs et des statuts différents ; enfin, des corps, des populations et des milieux qui deviennent l’objet de politiques publiques.

Le dossier suit cette extension progressive du problème :

  • La première partie interroge la connaissance du vivant : comment le délimiter, selon quels modèles le comprendre et de quelle manière les savoirs scientifiques s’articulent-ils aux représentations collectives ?

  • La deuxième partie examine les usages du vivant et les transformations que les activités humaines lui imposent.

  • La troisième pose la question de sa valeur : quels êtres doivent être moralement considérés et comment arbitrer entre des vies dont les intérêts paraissent parfois inconciliables ?

  • La quatrième étudie enfin les politiques du vivant, c’est-à-dire les formes de pouvoir qui organisent les corps, les populations, les milieux et les conduites.

 

Cette progression conduit ainsi du vivant comme objet de connaissance au vivant comme objet d’intervention, puis comme sujet de considération morale et comme enjeu de gouvernement. Elle permet d’éviter deux réductions opposées : considérer la vie comme un phénomène purement biologique, sans tenir compte des usages sociaux et politiques auxquels elle donne lieu, ou projeter immédiatement sur elle des valeurs morales sans examiner la manière dont nous la connaissons et la transformons.

I. La connaissance et les représentations du vivant

 

Cette première partie porte sur les manières dont le vivant devient intelligible. Avant de déterminer ce que nous pouvons lui faire ou ce que nous lui devons, encore faut-il savoir ce qui permet de reconnaître un être comme vivant et comment rendre compte de son organisation, de son développement et de son évolution.

 

Or notre rapport au vivant ne dépend pas des seules sciences biologiques. Les sociétés élaborent également des classifications, des symboles et des récits qui déterminent les espèces qu’elles valorisent, redoutent ou négligent. Les savoirs scientifiques eux-mêmes doivent circuler dans l’espace public, où ils sont interprétés, discutés et parfois contestés. Connaître le vivant suppose donc d’articuler la construction scientifique de son objet avec les représentations collectives à travers lesquelles il nous apparaît.

A. Les frontières du vivant

 

Définir le vivant suppose de dégager des propriétés capables de le distinguer du non-vivant : organisation, métabolisme, reproduction, croissance, autorégulation ou capacité d’évolution. Pourtant, aucun de ces critères ne semble toujours suffire lorsqu’il est considéré isolément. Certains êtres possèdent plusieurs caractères de la vie sans les réunir tous, tandis que d’autres ne les manifestent qu’à l’intérieur d’un milieu ou en relation avec un organisme hôte.

 

La frontière du vivant devient plus incertaine encore lorsque les techniques produisent des organismes modifiés, des entités synthétiques ou des systèmes capables d’imiter certaines fonctions vitales. Il faut alors se demander si la vie correspond à une propriété nettement définissable ou à un ensemble de processus dont les limites demeurent graduelles.

 

Problématique essentielle : le vivant peut-il être défini par des propriétés universelles permettant de tracer une frontière nette, ou cette frontière varie-t-elle selon les formes d’organisation et les critères retenus ?

 

B. Les modèles de compréhension du vivant

Un organisme peut être étudié comme un système composé de parties dont il faut analyser les mécanismes. Cette démarche rend possible une connaissance précise de ses structures et de ses fonctions. Mais le vivant semble également se caractériser par l’intégration de ses parties dans une totalité capable de se maintenir, de se réparer et de se développer.

 

La difficulté consiste à rendre compte de cette organisation sans attribuer à la nature des intentions semblables à celles d’un artisan. Réduire l’organisme à une machine risque d’effacer sa capacité d’autorégulation et son histoire évolutive ; expliquer ses organes uniquement par la fin qu’ils accomplissent risque, à l’inverse, de substituer une finalité supposée à l’analyse de leurs causes.

 

Problématique essentielle : peut-on expliquer entièrement le vivant par les mécanismes qui le composent sans perdre ce qui fait l’unité, l’organisation et la relative autonomie de l’organisme ?

 

C. Les représentations sociales et culturelles du vivant

 

Les êtres vivants ne sont jamais seulement identifiés par leurs propriétés biologiques. Les cultures distinguent le sauvage du domestique, l’utile du nuisible, le pur de l’impur ou l’humain de l’animal. Une même espèce peut être considérée comme une ressource, un compagnon, un symbole, une menace ou un objet sacré.

Ces représentations orientent les pratiques et déterminent les vies auxquelles une société accorde de l’attention. Elles permettent aux groupes humains de donner sens à leur environnement, mais peuvent aussi naturaliser des hiérarchies ou faire passer des constructions historiques pour des distinctions évidentes. Il faut donc comprendre comment le savoir biologique rencontre des catégories sociales qui ne se laissent pas simplement dissiper par l’information scientifique.

Problématique essentielle : dans quelle mesure notre perception du vivant dépend-elle de ses propriétés réelles et dans quelle mesure est-elle organisée par les classifications et les valeurs propres à notre culture ?

 

D. Les savoirs sur le vivant dans l’espace public

Les connaissances biologiques interviennent dans de nombreuses décisions collectives : santé, alimentation, agriculture, environnement ou intervention génétique. Elles acquièrent ainsi une portée politique qui dépasse le cadre de la recherche scientifique. Mais leur circulation dans l’espace public implique des simplifications, des controverses et des usages stratégiques.

 

L’expertise paraît indispensable lorsque les décisions portent sur des phénomènes complexes. Elle ne peut pourtant se substituer entièrement à la délibération collective, car les savoirs scientifiques établissent des faits et évaluent des risques sans déterminer à eux seuls les valeurs et les fins qu’une société doit poursuivre. À l’inverse, placer toutes les opinions sur un pied d’égalité risque d’effacer la différence entre une connaissance méthodiquement établie et une conviction dépourvue de justification.

 

Problématique essentielle : comment reconnaître l’autorité propre des savoirs scientifiques sur le vivant sans leur abandonner des décisions qui engagent également des choix sociaux, politiques et moraux ?

II. Les usages et les transformations du vivant

 

Le vivant ne se présente pas seulement comme un objet à connaître. Les sociétés humaines dépendent d’autres êtres pour se nourrir, se vêtir, se soigner, produire de l’énergie ou façonner leurs milieux. Elles ne se contentent donc pas de prélever des ressources naturelles : elles organisent la reproduction, la croissance et les propriétés du vivant en fonction de leurs besoins.

 

Cette partie suit les différentes étapes de cette mise en usage. Elle part de la satisfaction des besoins humains, examine les systèmes de production qui font travailler les processus vitaux, puis les formes d’appropriation et d’échange auxquelles les organismes sont soumis. Elle s’achève avec les interventions techniques qui ne se bornent plus à exploiter le vivant, mais cherchent à modifier ses caractéristiques.

 

A. Les besoins humains et les ressources vivantes

La vie humaine dépend d’autres formes de vie. Les plantes, les animaux et les micro-organismes fournissent de la nourriture, des matières premières, des médicaments et de nombreux services indispensables. Le vivant apparaît ainsi comme une ressource dont l’usage répond à des besoins réels.

Mais la notion de ressource considère les êtres à partir de l’utilité qu’ils possèdent pour nous. Elle risque d’effacer leur mode d’existence propre et de rendre légitime toute exploitation dès lors qu’elle satisfait une demande humaine. Il faut également distinguer les besoins indispensables des désirs produits ou amplifiés par certaines formes d’organisation économique.

 

Problématique essentielle : comment satisfaire les besoins humains qui dépendent du vivant sans réduire l’ensemble des êtres et des milieux à un stock de ressources disponibles ?

 

B. Les systèmes de production et le travail du vivant

L’agriculture, l’élevage et de nombreuses industries utilisent les capacités propres des organismes : croissance, reproduction, fermentation, adaptation ou production de matière. Le vivant n’est donc pas seulement la matière sur laquelle porte le travail humain ; ses processus accomplissent eux-mêmes une part de la production.

 

L’intensification de cette production tend cependant à imposer aux organismes des rythmes, des espaces et des fonctions déterminés par les exigences de rendement. Le vivant doit alors être standardisé pour devenir prévisible, calculable et compatible avec l’organisation industrielle. La recherche d’efficacité peut entrer en conflit avec ses temporalités, ses besoins et sa vulnérabilité.

Problématique essentielle : dans quelle mesure peut-on intégrer les processus vivants à un système de production sans les soumettre entièrement aux exigences de rendement et de standardisation ?

C. L’appropriation et les échanges du vivant

Les êtres vivants et leurs produits peuvent faire l’objet de droits de propriété, de contrats et d’échanges marchands. Cette appropriation permet d’organiser leur usage, de répartir les responsabilités et de soutenir certaines activités de recherche ou de production. Mais elle soulève une difficulté particulière lorsque ce qui est possédé peut croître, se reproduire ou se transformer.

La question devient plus complexe encore lorsque l’appropriation porte sur des semences, des informations génétiques, des tissus humains ou des organismes dont les caractéristiques sont brevetées. Il faut alors distinguer ce qui relève légitimement de la propriété, ce qui devrait demeurer commun et ce qui ne peut être traité comme une marchandise sans porter atteinte au statut de l’être concerné.

 

Problématique essentielle : jusqu’où les êtres vivants, leurs produits et leurs caractéristiques peuvent-ils devenir des objets de propriété et d’échange ?

 

D. Les interventions techniques sur le vivant

Les techniques humaines ont toujours transformé le vivant par la sélection, la domestication ou les soins. Les interventions contemporaines permettent toutefois d’agir plus directement sur la reproduction, le développement et le patrimoine génétique des organismes. Elles rendent possibles la prévention de maladies, l’amélioration de certaines capacités et la création de nouvelles formes biologiques.

 

La possibilité technique ne détermine cependant pas la légitimité de l’intervention. Il faut évaluer ses risques, ses finalités et ses conséquences pour les êtres modifiés comme pour leurs milieux. La distinction entre soigner, corriger, améliorer et fabriquer devient parfois incertaine, notamment lorsque l’intervention transforme les normes à partir desquelles le vivant est jugé acceptable.

 

Problématique essentielle : selon quels critères distinguer les transformations du vivant qui le protègent ou l’émancipent de celles qui le soumettent à des normes techniques et sociales ?

 

III. La valeur et le statut des êtres vivants

 

Après avoir étudié les manières dont les sociétés utilisent et transforment le vivant, il faut demander ce qui limite moralement leur pouvoir. Tous les êtres vivants doivent-ils être pris en considération, ou seulement ceux qui possèdent certaines capacités ? La vie humaine bénéficie-t-elle d’un statut absolument distinct, et comment arbitrer lorsque la protection d’une vie menace les conditions d’existence d’une autre ?

Cette partie ne suppose pas que tous les vivants possèdent la même valeur ni qu’ils puissent recevoir les mêmes droits. Elle cherche plutôt à identifier les fondements de la considération morale, à distinguer les obligations adaptées aux différentes formes de vie et à comprendre les conflits produits par la pluralité de leurs intérêts.

 

A. Les fondements de la considération morale

 

Accorder une considération morale à un être consiste à reconnaître que ce qui lui arrive compte pour lui-même et non seulement en fonction de son utilité pour les humains. Mais il faut déterminer sur quoi repose cette reconnaissance : la simple appartenance au vivant, la capacité à souffrir, la possession d’intérêts, la conscience de soi, l’autonomie ou l’inscription dans un milieu commun.

 

Chacun de ces critères étend ou restreint différemment la communauté morale. Un critère trop exigeant risque d’en exclure certains êtres vulnérables ; un critère trop large peut rendre impossible toute hiérarchisation entre les obligations. La difficulté consiste à éviter aussi bien l’arbitraire d’une frontière fondée sur la seule espèce que l’effacement de toute différence moralement pertinente.

 

Problématique essentielle : quelle propriété d’un être vivant permet de considérer son existence comme moralement importante pour elle-même ?

 

B. Les droits et les obligations envers les vivants non humains

 

Reconnaître la valeur des animaux, des plantes, des espèces ou des écosystèmes ne signifie pas nécessairement leur attribuer les mêmes droits qu’aux personnes humaines. Les droits supposent généralement qu’un intérêt puisse être protégé et représenté, tandis que les obligations peuvent incomber aux humains même lorsque leurs bénéficiaires ne sont pas capables de les revendiquer.

 

Il faut alors déterminer si les vivants non humains possèdent des droits propres ou si leur protection relève seulement de devoirs que les humains se donnent à eux-mêmes. La question se complique lorsque l’intérêt d’un individu entre en conflit avec la préservation d’une espèce ou d’un milieu : protéger un ensemble écologique peut exiger d’intervenir contre certains des êtres qui le composent.

 

Problématique essentielle : faut-il attribuer des droits aux vivants non humains ou suffit-il de reconnaître aux êtres humains des obligations à leur égard ?

 

C. La vie humaine, la dignité et l’autonomie

 

La vie humaine est généralement protégée au nom de sa dignité. Mais celle-ci peut être rapportée à des fondements différents : l’appartenance à l’humanité, la capacité de raisonner, l’autonomie personnelle ou la possibilité de construire une existence dotée de sens. Ces critères ne conduisent pas toujours aux mêmes décisions.

La protection de la vie peut notamment entrer en tension avec le respect de l’autonomie. Préserver l’existence biologique d’une personne contre sa volonté peut sembler défendre sa dignité ou, au contraire, méconnaître sa capacité à décider pour elle-même. Inversement, faire de l’autonomie l’unique fondement de la dignité risque de fragiliser le statut de ceux qui ne peuvent momentanément ou durablement l’exercer.

Problématique essentielle : la dignité de la vie humaine repose-t-elle sur la seule appartenance à l’humanité ou sur l’autonomie par laquelle chacun donne une orientation à son existence ?

 

D. Les conflits de valeur et la hiérarchisation des vies

Les décisions qui concernent le vivant obligent souvent à arbitrer entre plusieurs vies : humains et animaux, individus et populations, générations présentes et futures, organismes particuliers et milieux. Toute action semble alors établir, explicitement ou non, une hiérarchie entre les existences qu’elle protège et celles qu’elle expose.

 

Une égalité absolue entre toutes les vies paraît impraticable, mais leur hiérarchisation peut reconduire des rapports de domination ou rendre certaines existences négligeables. Il faut donc distinguer les différences de traitement justifiées par les situations des classements qui attribuent durablement plus de valeur à certaines catégories d’êtres.

 

Problématique essentielle : comment arbitrer entre des vies dont les intérêts entrent en conflit sans établir une hiérarchie arbitraire entre les êtres qui mériteraient de vivre et ceux qui pourraient être sacrifiés ?

 

IV. Politiques du vivant

Le vivant devient enfin un objet de gouvernement. Les pouvoirs publics ne se contentent pas d’interdire ou d’autoriser des actions : ils définissent des normes sanitaires, anticipent des risques, organisent les milieux et orientent les comportements. Ils cherchent ainsi à protéger et à améliorer la vie, mais cette protection leur donne également prise sur les corps et les conduites.

 

La partie distingue quatre échelles de gouvernement : le corps individuel, la population, le milieu et la conduite. À chacune d’elles se retrouve une même tension. L’intervention collective peut être nécessaire pour rendre la vie possible et protéger les plus vulnérables ; elle peut aussi normaliser les existences, réduire les libertés ou déposséder les individus et les communautés de leur capacité à décider.

 

A. Le gouvernement des corps : santé, normalité et autonomie

La médecine et les politiques de santé cherchent à préserver les corps, à prévenir les maladies et à restaurer certaines capacités. Pour intervenir, elles doivent distinguer le normal du pathologique et établir des critères de diagnostic, de traitement et de prévention.

 

Ces normes peuvent aider l’individu à reconquérir son autonomie, mais elles peuvent aussi imposer une conception uniforme du corps sain ou de l’existence souhaitable. Une différence biologique peut être traitée comme une déficience en raison d’attentes sociales plutôt que d’une souffrance proprement éprouvée. Le consentement du patient devient alors essentiel, sans suffire toujours lorsque l’information est incertaine ou que sa capacité de décider est altérée.

 

Problématique essentielle : comment protéger et soigner les corps sans transformer les normes médicales en normes sociales auxquelles chacun devrait conformer son existence ?

 

B. Le gouvernement des populations : sécurités, risques et libertés

Les politiques du vivant portent également sur des populations : elles mesurent les naissances, les décès, les maladies, les comportements et les facteurs de risque. Ces connaissances permettent d’organiser la prévention, de répartir les ressources et de protéger collectivement la santé.

 

Mais le gouvernement par les risques peut étendre indéfiniment la surveillance et la réglementation. Un danger probable, même lointain, peut justifier des restrictions présentes, tandis que les catégories statistiques peuvent assigner certains groupes à un profil de risque. La protection de la population entre alors en tension avec les libertés individuelles et avec l’égalité de traitement.

 

Problématique essentielle : jusqu’où la prévention des risques collectifs peut-elle limiter les libertés individuelles sans faire de la sécurité biologique la finalité exclusive de la politique ?

 

C. Le gouvernement des milieux : préservation, maîtrise et dépossession

Protéger le vivant suppose de gouverner les milieux dans lesquels il se développe : sols, forêts, cours d’eau, littoraux, espaces agricoles ou urbains. Cette intervention peut limiter l’exploitation, restaurer des équilibres fragilisés et préserver les conditions de vie des générations futures.

 

Cependant, la protection d’un milieu peut également être conçue depuis des institutions éloignées de ceux qui l’habitent. Elle risque alors de déposséder des populations de leurs usages, de leurs savoirs et de leur pouvoir de décision. À l’inverse, laisser chaque groupe disposer librement de son environnement peut compromettre des biens écologiques dont les effets dépassent largement les frontières locales.

 

Problématique essentielle : comment préserver les milieux vivants sans en confier la maîtrise exclusive ni aux intérêts privés, ni à une administration qui déposséderait ceux qui les habitent ?

 

D. Le gouvernement des conduites : responsabilité, consentement et résistance

Les politiques du vivant cherchent enfin à modifier les comportements individuels : se nourrir, se soigner, se déplacer, consommer ou prendre soin de son environnement. Elles peuvent agir par l’interdiction, l’information, l’incitation ou l’aménagement des choix offerts aux individus.

 

Cette orientation des conduites peut rendre chacun attentif aux conséquences collectives de ses actes. Elle peut aussi reporter sur les personnes la responsabilité de problèmes produits par des organisations économiques et sociales qu’elles ne contrôlent pas. Le consentement lui-même devient ambigu lorsque les choix sont subtilement préparés par ceux qui organisent l’environnement dans lequel ils s’exercent.

 

Problématique essentielle : comment rendre les individus responsables de leurs conduites sans dissimuler les déterminations collectives qui les façonnent ni transformer l’incitation en une forme invisible de contrainte ?

 

Conclusion générale

Le dossier fait apparaître le vivant à travers quatre relations successives. Nous cherchons d’abord à le connaître, mais cette connaissance dépend de critères, de modèles et de représentations qui déterminent ce que nous sommes capables de voir. Nous l’utilisons ensuite pour satisfaire nos besoins et organiser la production, au risque de réduire les êtres à leurs fonctions économiques. Nous devons alors interroger leur valeur et les obligations susceptibles de limiter notre pouvoir. Enfin, nous gouvernons les corps, les populations et les milieux afin de protéger la vie, mais cette protection peut elle-même devenir un instrument de normalisation et de domination.

Ces quatre dimensions ne peuvent être séparées. La manière dont nous définissons le vivant oriente les usages que nous jugeons légitimes ; les usages que nous en faisons influencent la valeur que nous lui reconnaissons ; les hiérarchies entre les vies déterminent les politiques chargées de les protéger. Réciproquement, les besoins économiques et les décisions politiques contribuent à sélectionner les savoirs et les représentations qui s’imposent dans l’espace public.

2-Lire

Les textes essentiels

L’exemplier réunit une sélection de textes philosophiques organisés selon les principales thématiques du dossier.
 
Chaque extrait permet d’identifier une position, de comprendre la formulation d’un problème ou de confronter des perspectives différentes.
 
Sans prétendre à l’exhaustivité, ce recueil offre ainsi des références essentielles pour approfondir la réflexion, construire une argumentation et retrouver les textes sur lesquels s’appuient les analyses proposées dans le parcours.
dossier thématique le vivant

3- Explorer les ressources

canguilhem

Machine et Organisme : Georges Canguilhem

article le vivant

Les articles consacrés au thème

Cette section rassemble des cours et des corrigés intégralement rédigés consacrés aux principales thématiques du dossier. Ces articles permettent d’approfondir les notions étudiées, d’en suivre le développement argumentatif et d’observer leur mise en œuvre dans le traitement de sujets philosophiques. Ils offrent un prolongement naturel aux perspectives ouvertes par la présentation générale et par les textes réunis dans l’exemplier.
canguilhem la monstruosité
rousseau
article le vivant
article le vivant

Georges Canguilhem : La question de la monstruosité

Spécisme et antispécisme : respecter la nature

La technique

Nietzsche : La spiritualisation des passions

Leonardo_Phoenix_10_a_shadow_drawing_with_iMinimalist_academic_2.jpg

Politique du désir

ChatGPT Image 31 janv. 2026, 16_26_55.png

Faut-il changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde ?

4- S'entraîner

Ressources méthodologiques pour l'épreuve

Des guides pratiques pour maîtriser les attentes de l'épreuve et gagner en efficacité.

méthodologie du résumé de texte
méthodologie de la dissertation
copies corrigées
  • LA DISSERTATION

De l'analyse du sujet à la rédaction : apprendre à construire progressivement une discussion, formuler une véritable problématique et mobiliser les trois œuvres dans une argumentation comparative.

                        Réviser la méthode de la dissertation
 

  • LE RÉSUMÉ DE TEXTE

Apprendre à reconstruire la logique argumentative d'un texte, hiérarchiser ses idées et le réduire sans déformer son raisonnement.

 

                         Réviser la méthode du résumé

 

  • S'ENTRAÎNER SUR DES SUJETS CORRIGÉS

Retrouvez des dissertations corrigées pour voir comment la méthode s'applique concrètement aux sujets de concours et aux œuvres du programme.

 

                         Voir les corrigés de dissertation

5- Apprendre

Les cours vidéo

Cette page est en chantier et sera bientôt disponible.

images (32).jpg

Le vivant

arcanes de la création

1h30         19 euros

Ambrogio_Lorenzetti_-_Allegory_of_good_government_peace_detail_from_Allegory_and_effects_o

La paix

arcanes de la création

1h30         19 euros

accéder au dossier thématique

Archives Thématiques

Les programmes passent, les problèmes demeurent. Retrouvez les dossiers des années précédentes. 

6- Élargir ses connaissances
dossier thématique

CPGE scientifiques [2025-2026]

dossier thématique coursdephilosophie

CPGE commerciales [2025-2026]

dossier thématique al science

CPGE littéraires [2025-2026]

dossier thématique expérience de la nature

CPGE scientifiques [2024-2025]

coursdephilosophie.fr

    coursdephilosophie.fr

NAVIGATION
INFORMATIONS
Contact
Mention légale
Politique de confidentialité
CGV

© 2026 coursdephilosophie.fr — Tous droits réservés.

bottom of page